La lettre Dunod n°5

Mai 2019

La lettre DUNOD

Innovation pédagogique

 L'INTERVIEW

 

Les clés d’une Bibliothèque efficiente et qui fait sens

Entretien avec Corinne Flacher-David,  Directrice de la Bibliothèque de Grenoble Ecole de Management (GEM)

 

 

Un lieu studieux et esthétique

 

La Bibliothèque a été créée en même temps que l’Ecole en 1984, cependant, elle a intégré les locaux actuels en 2000. Dès le départ, la volonté architecturale a été de créer un grand espace avec les livres placés sur des meubles muraux, ce qui dégage de grands espaces de travail très esthétiques, avec un harmonieux mélange de bois, de béton et de métal, qui rappelle l’architecture d’un paquebot.

 

 

Cet espace de 700 m² se compose d’une grande salle, qui est un espace d’étude et de travail, d’une petite salle, appelée le hub, qui est un espace pour le travail de groupe. Cet espace s’interface avec un autre espace, celui de la Linguathèque, qui offre aux étudiants l’accès à de multiples ressources linguistiques, et qui leur permet aussi de pratiquer les langues avec deux moniteurs, puisque l’Ecole accueille des étudiants de 117 nationalités différentes.

 

Un lieu vivant et stimulant

La Bibliothèque est très fréquentée, voire plébiscitée par les étudiants. Sa fréquentation se situe à une moyenne de 1 000 entrées par jour en semaine, et de 300 le week-end.

Elle possède 200 places assises. Le week-end, les étudiants restent pour étudier au calme, alors que, durant la semaine, ils composent entre leurs cours et la Bibliothèque où ils viennent chercher l’information dont ils ont besoin, emprunter des livres, ou pour étudier.

 

La Bibliothèque étant ouverte 84 heures par semaine, celle-ci possède l’une des plus larges amplitudes horaires par rapport aux autres business schools françaises, ainsi qu’aux bibliothèques universitaires (BU), puisque la durée moyenne d’ouverture de ces mêmes BU est d’environ 60 heures hebdomadaires.

 

Un accueil de qualité pour les étudiants... 

Une de nos particularités, majeure, est que nous assurons nos 84 heures d’ouverture avec un personnel qualifié et diplômé en sciences de l’information et de la documentation. De nombreuses bibliothèques fonctionnent aujourd’hui avec un personnel non qualifié, ou étudiant. De mon propre point de vue, il s’agit d’une vision de service à valeur ajoutée : mon équipe est aujourd’hui stable, diplômée, avec 7 équivalent temps plein et 9 collaboratrices. Cela permet d’assurer un travail de qualité.

 

…pour les enseignants

Les enseignants utilisent la Bibliothèque essentiellement pour les ressources numériques : nous avons mis en place un portail d’information, que les enseignants utilisent (tout comme les étudiants) pour accéder aux bases de données académiques ainsi qu’aux revues de recherche, ou pour faire des commandes d’ouvrages et d’outils pédagogiques, en vue de préparer leurs cours, ou encore dans le cadre de leur recherche.

Ils se déplacent essentiellement pour emprunter.

 

Nous proposons aussi un service de veille (informationnelle, concurrentielle et sectorielle) : ce service a été mis place il y a deux ans, il est aujourd’hui en plein développement, et est utilisé à la fois par les enseignants, mais aussi par l’ensemble des services de l’Ecole.

 

Le e-book mis en avant

Les étudiants utilisent majoritairement la Bibliothèque comme lieu d’étude, et comme lieu d’emprunt. Nous valorisons l’accès aux e-books, en même temps, les étudiants manifestent toujours une volonté forte d’emprunter des livres au format papier.

 

 

Comme beaucoup de bibliothèques universitaires, nous avons rematérialisé le support e-book afin de mieux le valoriser auprès des étudiants. Nous avons photocopié les couvertures d’ouvrages, ajouté le QRcode ainsi que le lien bitly de l’ouvrage accessible numériquement, le tout sous format plexi inséré dans les rayonnages. Cela permet en un clin d’œil de voir que le manuel existe au format e-book, puis de se connecter ensuite sur la plateforme.

 

Il est plus que nécessaire d’accompagner les étudiants dans cet accès au livre numérique.

Une partie des étudiants de GEM étudient sur des campus délocalisés ou partenaires, à Paris mais aussi à Berlin, Singapour, Londres, Moscou,Tbilissi. Ils peuvent avoir accès aux bibliothèques des universités partenaires, cependant, celles-ci n’ont pas toujours les livres de références. Dans cette configuration, la possibilité d’utiliser le portail de la Bibliothèque, avec notamment les e-books, est essentielle.

 

Les bases numériques

En revanche, ce qui fonctionne très bien dans le cadre des ressources numériques, auprès des étudiants, ce sont les bases de données, avec des contenus d’articles de presse, des revues spécialisées et/ ou académique en gestion, marketing, sciences humaines, management, ainsi qu’en finance.

 

Cela fonctionne très bien parce que cela correspond vraiment aux besoins des étudiants, à savoir, le besoin d’identifier des références pour l’ensemble de leurs travaux de recherche (rapports, thèses, mémoires, revues de littérature).

 

Des missions de formation pour les étudiants

Au cœur de mon équipe, un pôle formation s’est développé, constitué de 5 documentalistes.

Ce pôle formation dispense en moyenne 150h (annuel) de cours auprès des étudiants : recherche et maîtrise de l’information, identification des fake news, savoir poser un regard critique sur l’information mise à disposition, au travers d’une pédagogie sous format workshops, avec intégration dans des cours de géopolitique ou de finance éthique, ou encore dans des projets transversaux lors de la rentrée des étudiants. L’un de nos projets est d’aboutir à une certification en « maîtrise des compétences informationnelles ».

 

Lors de ces cours que nous dispensons, nous venons « éclairer la lanterne » des étudiants, pour les aider à prendre conscience de ce qu’est un mot-clé, une requête, une recherche d’information critique, parce qu’à l’ère de la googlisation du monde, ce sont des pratiques qui sont loin d’être évidentes et naturelles pour les étudiants, pourtant nés « millenials ».

 

Ces étudiants sont de futurs managers en entreprise, qui, à l’ère du big data et de l’infobésité, auront grandement besoin d’être de véritables citoyens de l’information, c’est-à-dire maîtriser une méthodologie pour trier l’information, vérifier leurs sources, être correctement renseignés. Au-delà de ces principes de base, ils devront être en mesure d’identifier les tendances dans leurs secteurs d’activité, repérer les signaux faibles de l’information, qui leur permettront de prendre des décisions stratégiques.

 

L’innovation pédagogique à GEM

Le GEM Learning Model (GLM) porté par Armelle Godener, Directrice de la Pédagogie, propose une nouvelle manière d’enseigner pour former des managers inside (« de l’intérieur »). Le GLM est basé sur 4 piliers : l’importance de l’humain, la classe inversée, la mise en situation par l’expérience, la gestion de l’imprévu.

Ces 4 piliers sont complétés par des dimensions créatives, interactives, réflexives, transversales.

Le LeD (Learning Design), service d’aide au développement des compétences professorales,

accompagne les enseignants dans la mise en place de cette nouvelle méthode d’enseignement.

 

Comme partie intégrante de ce projet, et en partenariat avec Karim Benameur, enseignant à GEM au département HOS (Hommes, Organisation et Société), et auteur du concept « d’effisens », l’équipe de la Bibliothèque de GEM a travaillé sur des valeurs qu’elle souhaite faire vivre auprès des étudiants :

- la persévérance : dans la recherche d’information,

- la confiance : en soi, et dans ce qu’on va trouver,

- la collaboration : avec ses pairs, mais aussi avec la ou le documentaliste,

- l’autonomie : ne pas venir comme un simple consommateur, et être autonome dans sa recherche et ses actions.

 

Nos projets pour l’avenir

Nous réfléchissons à des projets utilisant la réalité augmentée en lien avec le livre et sa géolocalisation dans la Bibliothèque. En flashant un QRcode, avec le Li-Fi (lumière connectée), ou encore avec les puces NFC, on peut avoir accès à tout ou partie du livre, à un extrait audio, ou encore vidéo : cela crée un univers autour du livre, avec des liens vers d’autres ressources.

 

Nous souhaitons mettre encore plus en valeur les e-books, avec un système d’écran tactile où les étudiants pourront visualiser directement les e-books acquis et à disposition : il s’agit du projet Manivelle, déjà en place dans des universités françaises et québécoises : https://www.manivelle.io/apropos

Cependant, ces projets nécessitent du temps, de la technicité, ainsi que des budgets en conséquence.

 

Des innovations pour développer le goût de la lecture…

Ma mission de responsable de bibliothèque est aussi de valoriser la lecture sous toutes ses formes.

En ce sens, avec l’aide d’une collaboratrice "branchée" dans la littérature de fiction, un fonds BD et romans a été développé, aussi bien en langue française qu’en langues européennes (anglais, espagnol, italien…), pour inciter et entretenir le goût de la lecture chez nos étudiants, autre que « managériale » et centrée sur leurs ouvrages de cours. Nous avons travaillé avec des libraires grenoblois pour faire des sélections de qualité, en lien avec l’actualité littéraire.

 

Nous avons mis en place des « Ready bag’ «  pour faire découvrir les nouveautés, non seulement aux étudiants, mais aussi au personnel de GEM : il s’agit de sélections réalisées plusieurs fois par an, sur inscription, et mises à disposition via un sac « mystère » contenant un roman, une bande dessinée, une revue à découvrir… Ce service est très apprécié.

 

Lors du Printemps du livre, évènement dont GEM est partenaire, nous invitons, de concert avec le Département des Langues, des auteurs francophones ou autre, qui viennent parler de leur ouvrage, dans leur langue d'écriture. C’est l’occasion d’un échange directement avec les étudiants.

 

 

Nous organisons aussi des « bookdating » avec les livres (nombreux !) publiés par nos enseignants : le livre est d’abord lu par un ou une documentaliste, qui interviewe ensuite l’enseignant, puis donne lieu à une vidéo diffusée sur youtube.

Nous avons proposé du mobilier innovant, avec deux fauteuils Luna :

 

 

Il s’agit de fauteuils d’écoute en Bluetooth à l’usage des étudiants, que nous avons installés à l’origine pour qu’ils puissent écouter des Moocs, de la musique, ou encore des méditations audio. En réalité, ils s’en servent surtout pour se reposer et faire la sieste !

 

Quels conseils donneriez-vous à une école qui souhaiterait créer un espace comme le vôtre ?

Le monde change, et les bibliothèques se doivent d’accompagner ce changement, et en même temps, anticiper des usages auxquels personne jusqu’ici n’avait encore pensé.

Cela repose entre autres par l’observation des usages d’aujourd’hui, en l’adaptant dans nos bibliothèques. A titre d’exemple, le coworking est actuellement en pleine expansion. La BNF travaille sur le projet d’ouvrir les bibliothèques parisiennes comme espaces de coworking, avec comme cap de mêler à la fois les étudiants, et les professionnels en activité, pour créer des passerelles entre les deux mondes, des échanges de connaissances et de compétences.

 

Aujourd’hui les bibliothèques sont, je pense, à la croisée des chemins : c’est un monde à la fois pétri et façonné par son rôle historique de conservation des documents, et à la fois en pleine expansion quant à l’utilisation des nouvelles technologies. Les bibliothèques jouent un rôle très fort dans l’appropriation des technologies numériques pour la mise à disposition des ressources et du savoir de façon dématérialisée.

 

En réalité, nous avons, je pense,  beaucoup d’idées préconçues sur ce que devrait être une bibliothèque : pour certains, la bibliothèque se doit d’être un lieu silencieux, alors que les usages évoluent. Au Québec ou encore dans les bibliothèques anglophones, les bibliothèques sont des lieux évolutifs, qui savent mêler et mixer les espaces et les usages, avec des box de travail individuels, des salles de travail en groupes, fermées et sur réservation, des espaces de créativité où l’on peut écrire sur les murs, des cafétérias intégrées …

 

Cependant, certaines initiatives émergent en France, dans les bibliothèques d’université ou de business schools, comme le récent Learning Center de Dijon de la Burgundy school of business, un modèle en la matière, qui propose même une salle zen, une tisanerie, des jeux, des TV, une salle d’art, en sus des espaces standard de travail, ou encore le learning center innovation (Lilliad) de l'université de Lille, Sciences et Technologie. 

 

Travail, convivialité, échange, trois maîtres mots qui devrait guider selon moi la conception ou le réaménagement d’une bibliothèque à l’heure actuelle.

 

 

 

 

PARTAGE D'EXPERIENCE

 

Enseigner la cartographie géologique en utilisant des modèles imprimés en 3D 

 

Dominique Frizon de Lamotte et Pascale Leturmy 

GEC-Université de Cergy-Pontoise, 

auteurs de l'ouvrage "Objets et structures géologiques en trois dimensions", Dunod

 

La réalisation d’une « coupe géologique » à partir d’une carte est l’un des socles de l’enseignement de la géologie. Cet exercice se pratique en licence de géologie, dans les classes préparatoires BCPST et aussi dans les cursus de géographie. La représentation du relief sur les cartes, grâce aux courbes de niveau, permet d’accéder partiellement à la dimension verticale. C’est la lecture correcte des intersections entre la topographie et les couches géologiques qui donnent accès à des informations géométriques essentielles comme leur épaisseur et leur pendage et permet ensuite de construire une coupe.

L’éducation se fait en analysant et interprétant des cartes de plus en plus compliquées. On commence par des structures simples dans des bassins sédimentaires avant d’aborder les zones montagneuses. Notre expérience nous montre que cet apprentissage est difficile pour de nombreux étudiants faute de « voir en 3D ».

Pour acquérir cette capacité, il faut s’exercer et le faire avec beaucoup moins de temps qu’autrefois car les sciences de la Terre, discipline de synthèse, se sont enrichies de nombreuses sous-disciplines qu’il faut aussi enseigner.

 

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LE POINT DE VUE DE L'EXPERT

La négociation, une nouvelle forme de pédagogie ?

 

Marwan Méry Laurent Combalbert, co-fondateurs et dirigeants d'ADN Group, auteurs du Négociator, Dunod

  

Les deux dernières décennies que nous venons de vivre ont largement bouleversé l’accès au savoir et les modes de transmission de la connaissance. Aujourd’hui, en tapant quelques mots sur un moteur de recherche, chacun trouve une multitude d’informations sur n’importe quel sujet, et malheureusement, le meilleur y côtoie le pire. Se lamenter sur cet état de fait serait inutile : le savoir n’est plus le pouvoir, c’est la création de valeur grâce à la confrontation d’idées qui donne désormais le pouvoir. C’est en ce sens que la négociation peut jouer pleinement son rôle.

 

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